L’article suivant est intéressant si vous vivez en France depuis au moins 3 mois et que vous y séjournerez pendant au moins 6 mois, si vous possédez déjà un permis de conduire allemand de classe B (voiture) ou autre, et souhaitez acheter une autre catégorie de conducteurs en France. L’objectif de cet article est la catégorie moto A2.
résumé
Le permis moto en France, c’est toute une aventure. Le coût global du permis paraît attractif sur le papier, surtout comparé à d’autres pays européens. L’examen théorique, le fameux code de la route, reste valable cinq ans, que vous l’ayez passé en France ou ailleurs. Autrement dit, si votre permis allemand ou d’un autre pays de l’UE a moins de cinq ans, vous pouvez souvent vous lancer sans repasser le code, ce qui fait gagner du temps et de l’argent. À noter aussi : la conduite accompagnée ne compte que le jour de vos 18 ans révolus. Côté revers de la médaille, il faut composer avec la paperasse nationale, les stratégies commerciales des auto-écoles, les spécificités du réseau de transports et parfois un choc culturel. Si vous vivez durablement en France, passer votre permis localement présente de vrais avantages, et tout ce qui suit s’appuie sur du vécu, du concret, pas sur des on-dit.
Table des matières
Voici les différentes étapes à connaître pour obtenir le permis moto en France :
- 1. Coût
- 2. Formalités avant de débuter
- 2.1 Option 1 : Dissimuler son permis
- 2.2 Option 2 : Jouer franc-jeu
- 3. Le code de la route
- 3.1 Formation pratique
- Plateau 3.2
- 3.3 Circulation
- 4. Examens pratiques
- 4.1 Examen Plateau
- 4.2 Examen de la circulation
coûts
Oubliez tout ce qu’on vous raconte sur les tarifs en Allemagne : en France, certaines auto-écoles promettent le permis moto pour moins de 600€ (en 2015, à l’époque où l’équivalent allemand coûtait au moins 1500€ dans une petite ville). Mais il ne suffit pas de regarder le prix affiché. Les conditions font toute la différence. Par exemple, certaines auto-écoles proposent des sessions illimitées sur le plateau pour un forfait de 800€, plus d’infos ici. Ce qui fait grimper la facture, ce sont les heures de plateau supplémentaires. Prenez toujours le temps de comparer les tarifs des heures additionnelles ou, mieux, la possibilité de pratiquer le plateau sans limite : c’est là que se joue la vraie dépense !
À titre personnel, mon permis moto m’a coûté 970€, en comptant trois heures de conduite complémentaires (73€ pièce) et deux tentatives supplémentaires pour la circulation (90€ chacune). D’autres témoignages évoquent un coût moyen autour de 1400€, mais difficile de savoir si ces chiffres reflètent une région, une école ou la moyenne nationale.
Les formalités à régler avant de commencer votre permis moto
Globalement, deux chemins s’ouvrent à vous si vous détenez déjà un permis allemand :
Option 1 : Dissimuler
- La première solution consiste à ne pas signaler l’existence de votre permis allemand. En pratique, il est rare que les administrations françaises aillent vérifier auprès de l’Allemagne. Après votre inscription et le premier paiement à l’auto-école, celle-ci crée votre dossier et le transmet à la préfecture pour enregistrer votre demande. À partir de là, vous êtes officiellement reconnu par l’administration et pouvez commencer les leçons et vous inscrire aux examens.
- Atout de cette approche : vous pouvez théoriquement obtenir deux permis distincts. Si l’un est suspendu, l’autre reste valide, à condition de ne jamais l’indiquer, même en cas de retrait.
- Côté inconvénient : si votre permis allemand date de moins de 5 ans (la règle s’applique à la conduite accompagnée dès le 18e anniversaire), vous devrez repasser le code français. Cela représente à la fois une dépense (environ 50€ dans mon cas) et un effort linguistique supplémentaire, car l’examen se fait en français, ce qui peut vite devenir un casse-tête si ce n’est pas votre langue maternelle.
Option 2 : Jouer franc-jeu
Dans ce cas, vous renoncez définitivement à votre permis allemand et obtenez un permis français équivalent, avec les mêmes catégories.
La procédure est la suivante : téléchargez et remplissez les formulaires CERFA 14879 et 14948 en ligne. Il faudra joindre deux copies de votre permis allemand, une copie recto-verso de votre carte d’identité, ainsi que trois justificatifs de domicile (quittances de loyer). La suite demande plus d’énergie. Vous aurez besoin d’une traduction certifiée de certains documents liés à votre permis. Voici ce qu’il faut rassembler :
- Extrait du registre d’aptitude à la conduite (FAER)
- Attestation du registre central des permis de conduire (ZFER)
- Fiche d’information du bureau de la circulation routière
Les intitulés se ressemblent mais ce sont bien trois documents différents. Les deux premiers se demandent gratuitement à l’Office fédéral des transports automobiles de Flensbourg. Le troisième, la fameuse fiche d’information, est celui que réclament les préfectures françaises. Il s’obtient auprès du bureau local de la circulation routière en Allemagne, parfois dans la commune où vous avez passé votre permis. Comptez 7,80€ (prix 2016), à récupérer sur place ou parfois par virement anticipé. En théorie, le FAER et le ZFER contiennent les mêmes infos que la fiche, sans la signature officielle. Vous pouvez tenter le coup avec ces documents gratuits, mais rien ne garantit que l’administration française les acceptera. Tous ces papiers existent aussi en anglais, mais peu d’administrations françaises y prêtent attention. Avant de payer une traduction, vérifiez auprès de votre préfecture si une version anglaise pourrait suffire, dans mon cas, j’ai préféré faire traduire la fiche d’information à Stiring Wendel, juste à la frontière, pour 10€.
À Metz, il fallait ensuite déposer le dossier en personne. Une copie tamponnée et signée vous sert de permis temporaire. Ce passage au guichet vise probablement à contrôler la validité du document et à gérer la remise du permis provisoire. Si vous ne pouvez pas vous déplacer, tentez un envoi en recommandé avec un courrier explicatif, mais rien n’assure que l’administration acceptera. Le permis français vous sera ensuite adressé par recommandé à votre domicile français, impossible de le faire livrer ailleurs. Si vous manquez le facteur, le pli repart et le permis est détruit. Dans ce cas, essayez de demander la remise en préfecture pour pouvoir le récupérer vous-même. Bon à savoir : la carte de permis française est délivrée gratuitement.
Avantages :
- Vous économisez environ 30€ (pas d’examen théorique mais frais de dossier et de traduction). Attention : si un aller-retour en Allemagne est nécessaire juste pour ça, l’avantage s’évapore vite.
- Vous évitez la galère d’apprendre le code français (voir option 1).
Inconvénients :
- Code ou pas, il vaut mieux maîtriser un minimum la réglementation française, car bien des points diffèrent et cela peut vous jouer des tours lors de la conduite. Prévoyez donc un temps d’adaptation, même sans passer le code. Comptez au moins deux semaines pour finaliser l’échange.
Le code de la route
L’examen du code est organisé différemment par rapport à l’Allemagne. Là-bas, un nombre fixe de cours théoriques est imposé, avec un instructeur qui détaille les règles, commente des images, échange avec les élèves… En France, c’est beaucoup plus souple : accès généralement illimité à des séances où l’on s’installe devant un écran, visionne des situations de conduite, puis répond à une série de questions. Chaque session dure un peu plus de 40 minutes. L’examen se compose de 40 questions, avec un maximum de 5 erreurs autorisées. Les questions proposent toujours quatre choix (A, B, C, D), et il existe deux formats distincts :
- Il faut parfois sélectionner « au moins » une bonne réponse, attention à bien cocher toutes les réponses correctes, même si une inclut les autres. Exemple inventé : « À partir de quel âge peut-on passer le permis ? A) 16 ans, B) 18 ans, C) 21 ans, D) 94 ans. » Si la consigne exige toutes les bonnes réponses, ne cocher que B est une erreur si B, C et D sont attendus !
- Parfois, deux questions sont posées en une seule : il faut cocher, par exemple, A ou B pour la première, C ou D pour la seconde.
Concrètement, vous enchaînez les séries de questions sans toujours savoir à quelles dates elles correspondent, ni si elles sont à jour. Ce système a ses points forts : travailler sur des photos de situations réelles est formateur. Mais côté revers, il n’existe pas de catalogue de questions fixes comme en Allemagne (où, en 2012, environ 1000 questions étaient connues et accessibles). Là-bas, on pouvait s’entraîner méthodiquement sur chaque point, cibler ses faiblesses et se préparer de façon exhaustive. En France, la base de données reste opaque, change régulièrement, et les candidats doivent souvent investir dans des logiciels coûteux pour rester à jour. Exemple vécu : j’ai appris lors d’une séance que la législation imposait, en ville, un certain type d’éclairage de nuit, alors que la règle avait déjà changé. Bref, il faut rester vigilant et s’assurer d’avoir le bon support pour réviser.
formation pratique
Une fois la paperasse derrière vous, place à la moto. La loi impose un minimum de 20 heures de conduite, réparties entre plateau et circulation. Officiellement, la répartition est indicative : 8 heures sur le plateau, 12 heures en circulation. En réalité, certaines auto-écoles adaptent à la tête du client. Parfois, on vous fera passer plus de temps sur le plateau, parfois en circulation, selon votre profil et vos besoins. Ceux qui conduisent déjà une voiture sont souvent plus à l’aise en circulation, d’où un rééquilibrage possible.
plateau
Sur le plateau, en général, trois élèves s’entraînent ensemble sous la supervision d’un moniteur. Il arrive qu’ils soient deux ou quatre, mais la règle, c’est l’autonomie : le moniteur intervient peu, à vous de vous approprier les exercices. Voici comment ça se passe, du vécu : on débute par des exercices de maniabilité à basse vitesse, en traçant des « huit » le plus serré possible en première, puis en seconde. L’objectif : maîtriser l’équilibre, comprendre les transferts de poids, apprendre à tourner en toute sécurité.
Évitez les pièges à coûts
Attention aux stratégies commerciales : certaines auto-écoles (la mienne incluse) font passer presque toutes les heures de plateau, puis proposent d’aller directement sur route, parfois sans avoir validé tous les exercices du plateau. Ce n’est pas absurde, mais il faut veiller à ne pas bâcler les dernières heures, sinon, les techniques du plateau s’oublient, et lors du « test blanc » (simulation d’examen), gare à l’échec… et aux heures supplémentaires facturées (74€ pour 90 minutes en 2016 dans mon cas). Certaines écoles imposent de réussir ce « test blanc » pour prendre date à l’examen, ce qui peut vite devenir une machine à cash. Un échec au test coûte 90€, soit presque le prix d’une heure supplémentaire. Résultat : les établissements compensent les forfaits attractifs en multipliant ces frais annexes.
D’autres écoles jouent la transparence et proposent un forfait global à 800–900€, avec accès illimité au plateau, selon la disponibilité des motos et en autonomie. Un camarade a suivi cette formule : il a pu s’entraîner autant qu’il le souhaitait sans frais cachés. Si vous hésitez entre une école à 500–600€ et une à 800–900€ mais honnête, ne cherchez pas plus loin : privilégiez la seconde, vous éviterez la spirale des heures supplémentaires et des factures qui s’envolent.
Circulation
Sur route, la formule est quasi militaire : trois élèves à moto, le moniteur en voiture derrière. Au début de chaque leçon, les positions sont attribuées et ne changent pas. Les instructions et correctifs sont transmis par radio. Chaque consigne collective doit être confirmée d’un signe de tête par tous, idem pour les remarques individuelles.
examen pratique
Examen du plateau
Le test plateau a la réputation d’être le plus corsé. Il faut prouver sa maîtrise sur quatre épreuves pratiques et répondre à des questions théoriques avant et après. On trouve de nombreux détails en ligne, mais voici l’essentiel :
- Poussette : pousser la moto entre quatre cônes, faire demi-tour et revenir.
- Contrôle technique : effectuer un check-up sur la moto et expliquer à voix haute chaque étape. Par exemple, mettre le casque et annoncer : « Mon casque est à la bonne taille. » Le jury peut demander pourquoi il est homologué, il faut alors répondre qu’il respecte la norme européenne et comporte les bandes réfléchissantes obligatoires en France.
- Parcours lent : conduire le plus lentement possible. Objectif : tenir au moins 20 secondes, un pied à terre toléré (note B).
- Évitement : sur l’aller, slalom à minimum 40 km/h. Au retour, simulation d’ouverture de portière, passage à 50 km/h entre deux cônes puis évitement d’obstacle. Le plus délicat est souvent l’évitement au retour, qui exige d’anticiper et de bien incliner la moto.
- Freinage : atteindre 50 km/h puis freiner fort à un repère précis. Grâce à l’ABS, ce n’est plus un souci.
- Interrogation orale : répondre à des questions du livret fourni par l’auto-école. On y apprend des formules toutes faites (« en cas d’accident, le cerveau heurte la boîte crânienne »…), du vocabulaire technique et quelques notions d’anatomie.
J’ai décroché le plateau du premier coup. Beaucoup le redoutent, surtout à cause du parcours lent et de l’oral. Les images sont issues du Journal officiel de la République française, via Wikimedia.
Examen de la circulation
La route est censée être plus accessible pour les Français, mais pour un étranger, certaines spécificités locales peuvent surprendre. Personnellement, j’ai dû m’y reprendre à trois fois pour réussir.
Quelques bizarreries du trafic en Moselle
Voici deux exemples de situations qui m’ont coûté cher lors de l’examen :
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- Certains feux de chantier affichent le rouge avec un compte à rebours jaune clignotant. J’ai cru à un dysfonctionnement et, perturbé, j’ai freiné trop tôt, trois mètres avant le feu, déclenchant un commentaire immédiat de l’inspecteur. En théorie, on attend de vous un « temps de réaction de deux secondes » mais en pratique, tout se joue au quart de tour.
- Autre curiosité, les feux qui ne passent jamais au vert mais clignotent orange avant de passer au rouge. Le matin de mon examen, avec le soleil dans les yeux, un élève devant moi est resté planté au feu orange. J’ai suivi, pensant bien faire, mais l’examinateur a estimé que je roulais trop lentement (95 km/h au lieu du maximum de 100). Il a cru que je me prenais pour un camion. Une fois, j’ai tenté de savoir comment anticiper le passage au rouge, mais face à la rareté de ces feux, difficile de s’entraîner.
Auteur de la photo de couverture : Ministère français de l’Intérieur. Copie probablement non autorisée en bonne résolution : ici
Dernière mise à jour : juin 2020, langue.



