Chaque été, des signalements de requins « inhabituels » surgissent devant les plages méditerranéennes. Le Bild-Zeitung sonnait l’alerte en juin 2020 : requins en Croatie, de quoi alimenter les peurs estivales.
Les requins font partie de la faune méditerranéenne et occupent une place incontournable dans le fonctionnement de l’écosystème. Avec les raies et les poissons-chats, ils forment l’ensemble des poissons cartilagineux. La Méditerranée s’impose même comme un foyer de diversité pour ce groupe animal.
Au total, plus de 80 espèces de poissons cartilagineux ont été recensées dans cette mer. Parmi elles, 73 espèces ont fait l’objet d’un examen sur leur situation : le verdict tombe, la moitié sont aujourd’hui menacées. En tant que prédateurs, les requins modèlent la chaîne alimentaire, soutiennent la diversité biologique et contribuent à l’équilibre des populations de poissons. La pression qui pèse sur ces espèces-clés est le symptôme d’une mer Méditerranée dont la vitalité s’amenuise.
Quels requins croisent en Méditerranée ?
Peu de gens le savent, mais le fameux grand requin blanc nage aussi dans les eaux méditerranéennes. Des chroniques anciennes attestent sa présence depuis l’an 476. On recense des juvéniles et des adultes, surtout dans le détroit de Sicile, la mer Adriatique et la mer Égée.
Le requin hareng (shai hareng naturepl.com/Doug Perrine/WWF) sillonne lui aussi la Méditerranée. Il partage de nombreux traits avec le grand blanc dont il est un cousin direct, à la différence notable de sa taille plus modeste et de son agilité à la chasse.
Parmi les résidents emblématiques, on trouve aussi le requin-tigre de sable (requin tigre de sable Tanya Houppermans). C’est le seul requin capable d’accumuler de l’air dans son estomac, qui lui sert de flotteur naturel. Il peut ainsi se maintenir immobile dans la colonne d’eau, notamment dans les grottes ou sous les surplombs rocheux où il aime passer la journée en semi-sommeil.
Le requin bleu (Blauhai Joost van Uffelen/WWF) est aussi une figure familière. Cette espèce de poisson cartilagineux évolue surtout dans les zones côtières. Les requins bleus plongent parfois jusqu’à 350 mètres de fond. Leur silhouette élancée, leurs grandes nageoires et leur robe bleu profond leur permettent de naviguer avec aisance en haute mer.
Autre géant discret : le requin pèlerin, deuxième plus grand poisson de la planète, fréquente surtout les côtes espagnoles de la Méditerranée. Ce mastodonte, dépassant souvent dix mètres, est un filtreur paisible de plancton (requin géant Naturepl.com/Alex Mustard/WWF). On l’aperçoit régulièrement en surface, la gueule ouverte pour capter les minuscules organismes du plancton.
Parmi la diversité des requins méditerranéens, citons encore les requins-anges, à l’allure de raie aplatie, et les requins chocolatés, baptisés ainsi pour leur teinte brune caractéristique.
En réalité, le risque d’attaque en Méditerranée reste infime. Les statistiques parlent d’elles-mêmes : il est bien plus probable de se blesser sur la route des vacances que dans l’eau à cause d’un requin.
Qui court réellement un danger : nous ou les requins ?
Au final, les requins méditerranéens ne sont pas une menace. Le vrai sujet d’inquiétude, c’est leur survie même. L’impact humain a classé la moitié de ces espèces sur la liste rouge des animaux menacés. Vingt d’entre elles, dont le requin bleu, le mako et le hareng, sont même en voie de disparition rapide.
La surpêche : la principale menace
Parlons chiffres : 80 % des stocks de poissons commerciaux sont victimes de la surpêche en Méditerranée. Les requins en font les frais, capturés accidentellement dans les filets. Leur chair reste prisée dans de nombreux pays, et la fraude n’épargne pas le commerce : ces poissons sont parfois vendus sous le nom d’espadon, à prix fort, une fois découpés en filets. Impossible alors de reconnaître l’animal d’origine.
Le problème est aggravé par leur biologie : les requins se reproduisent peu et lentement. Quelques années de captures excessives suffisent à faire plonger les populations. Le renouvellement est laborieux et la même spirale s’observe pour toutes les espèces de la région.
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La pression ne s’arrête pas là. Le littoral méditerranéen, urbanisé et surfréquenté par les touristes, ajoute d’autres menaces : pollution aux métaux lourds, pesticides, plastique. Les requins, dont la longévité est remarquable, accumulent ces substances au fil des ans. Des analyses menées sur des requins bleus et makos révèlent des taux de mercure quatre fois supérieurs à la norme. Plus d’un quart des requins bleus examinés contenaient aussi des résidus de plastique.
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Quelles solutions pour préserver les requins ? Makohai à nageoires courtes Andy Cornish/WWF
Le WWF a compilé des images frappantes de prises illégales. Il réclame un encadrement plus strict et une gestion renforcée de la pêche pour permettre aux requins de se maintenir. Les réglementations actuelles doivent être appliquées, pas seulement affichées. Il s’agit notamment d’améliorer le suivi des captures, de contrôler les prises accidentelles et de préserver les zones de naissance et de croissance, cruciales pour les jeunes requins.
Si vous croisez un requin, que faire ?
Dans le cas très improbable où un requin croiserait votre route lors d’une baignade en Méditerranée et que la situation semble à risque, le bon réflexe consiste à rejoindre calmement la rive et à observer l’animal à distance, depuis la sécurité de la plage.







