Les requins sont-ils vraiment présents à l’île Maurice ?

Des requins à l’île Maurice ? La question intrigue, inquiète parfois, mais mérite surtout d’être posée sans détour.

25 juillet 2020. Ce jour-là, le cargo « Wakashio », battant pavillon panaméen mais propriété japonaise, s’échoue brutalement sur le récif corallien de Pointe d’Esny, tout près des côtes mauriciennes. Long de 300 mètres, parti de Singapour à destination du Brésil, il transportait 4000 tonnes de pétrole. L’incident, d’une violence rare, provoque une brèche dans une cuve : 1200 tonnes de carburant se déversent alors dans l’océan, souillant l’un des joyaux de la biodiversité mondiale.

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8 août. Face à l’ampleur du désastre, la France se mobilise. Le président Macron annonce le soutien de l’Hexagone à l’île Maurice et, dès le lendemain, un avion militaire quitte La Réunion, chargé d’équipements spécialisés. Un navire équipé de barrages flottants et de matériaux absorbants suit le mouvement. L’objectif : contenir l’hémorragie au plus vite.

Le 11 août. Une équipe mandatée par l’ONU débarque sur place. Soutenus par l’Organisation maritime internationale, le Programme des Nations Unies pour l’environnement et le Bureau de coordination des affaires humanitaires, ces experts viennent coordonner les secours, évaluer l’étendue des dégâts. Sur le terrain, les autorités locales lancent le pompage du pétrole restant à bord : 2800 tonnes à extraire, une course contre la montre débute. Plus de 400 puits pétroliers de fortune sont installés. La mobilisation est massive : des milliers de bénévoles s’activent, cherchant à limiter le désastre et à sauver la faune prise au piège.

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12 août. L’île Maurice déclare l’état d’urgence environnementale. Plus personne n’ignore la gravité de la situation.

15 août. Les autorités reçoivent une alerte : la coque du Wakashio menace de se briser. Il reste alors près de 90 tonnes de pétrole à bord, chaque minute compte.

16 août. Le pire se produit. Le navire se casse en deux, laissant s’échapper sans entrave le reste du carburant. Les équipes de secours tentent alors de remorquer la partie avant du cargo pour la couler en haute mer. Le sort de la section arrière, coincée sur les récifs, demeure incertain.

Cette catastrophe soulève une série de questions : pourquoi ce cargo naviguait-il sous pavillon panaméen ? Faut-il y voir des raisons fiscales ou une réglementation moins stricte ? Dans quelle logique économique des navires vides parcourent-ils les océans, brûlant du carburant pour rien ? Comment expliquer qu’un mastodonte puisse s’aventurer aussi près de zones fragiles, malgré les outils de navigation modernes ? Les interrogations se bousculent, les réponses se font attendre.

« Ce drame au large de Maurice n’est pas un incident isolé. Il rappelle la fragilité de l’équilibre entre l’humain et la nature, et montre à quel point nous dépendons d’écosystèmes préservés. Ce ne sont pas seulement la faune et la flore qui souffrent, ce sont aussi les habitants de Maurice et de la région. Mais il y a une lumière : la solidarité locale et l’appui international prouvent que la mobilisation collective peut déplacer des montagnes », affirme Sigrid Lueber, présidente d’OceanCare.

Le transport maritime mondial fait face à des défis de taille. Atteindre les objectifs climatiques, comme réduire de moitié les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050 par rapport à 2008, ou limiter la pollution sonore sous-marine, pour ne citer que ces enjeux. « Allonger les délais de transport réduirait à la fois les émissions et le risque d’accidents, comme celui vécu à Maurice », souligne Sigrid Lueber.

    Voici quelques éléments marquants à retenir :

  • La catastrophe du Wakashio a révélé la vulnérabilité des écosystèmes mauriciens face au trafic maritime.
  • La réponse internationale a été rapide mais la gestion sur le terrain s’est heurtée à l’ampleur du désastre.
  • Les débats sur les pavillons de complaisance et la sécurité maritime restent ouverts.

L’article du Spiegel du 17 septembre 2020 revient en détail sur la succession des événements et leurs répercussions à long terme.

OceanCare, de son côté, s’est engagée à développer un réseau de sauvetage animalier sur l’île. Pour en savoir plus sur ces actions, rendez-vous sur leur page dédiée : Construire un réseau de sauvetage d’animaux à Maurice →

Rien ne disparaît vraiment sous la surface : la marée noire, elle, laisse des traces visibles et invisibles. L’île Maurice, ses habitants et sa faune paieront longtemps le prix de cette nuit d’août où un cargo s’est fracassé sur les coraux. Les requins, eux, continueront de hanter les eaux, mais la vraie menace, cette fois, n’avait rien d’animal.