Itacaré : le meilleur moment pour profiter de la destination

Un bus de dix heures, une climatisation traîtresse et une semaine à plat pour commencer l’aventure : voilà la réalité qui m’attendait à l’arrivée à Itacaré. JP, lui, n’a qu’une idée en tête : fuir la ville, trouver la mer, respirer l’air du large. Itacaré, petite cité où les surfeurs se donnent rendez-vous, s’impose alors comme notre point de chute. Si la fièvre me cloue au lit, je ne me laisse pas totalement abattre : quelques pas sur la plage, le village décoré avec soin, des fruits à profusion et des craquelins pour survivre. Pendant que JP arpente les plages, accessibles en bus ou à pied, je récupère doucement. Quand enfin l’énergie revient, Engenhoca est la première étape de ma renaissance.

Un court trajet en bus, quinze minutes à travers la végétation dense, et nous voilà devant Engenhoca : quelques cabanes pour se désaltérer, une bande de sable intacte, des palmiers et la mer. Au loin, des vestiges d’hôtel abandonné, envahis de verdure, ajoutent une touche de mystère à ce paysage. La vague, rare et attendue, déroule enfin : le plaisir simple de surfer en bikini après des jours de maladie. Sur l’eau, on savoure la chance que ce projet hôtelier n’ait pas abouti. Ici, personne pour troubler la tranquillité.

Indiana Jones au Brésil

À force d’entendre parler du parc national Chapada Diamantina, impossible de résister. Même si cela signifie revenir presque à Salvador et enchaîner les bus, on décide de tenter l’aventure. Les planches de surf restent à l’auberge, preuve qu’Itacaré n’a pas dit son dernier mot. Mais la curiosité l’emporte : direction Lençois, porte d’entrée de la Chapada.

  • Les cascades du parc national, véritables promesses de fraîcheur.

  • Notre trio : JP, moi et Gustavo, guide et couteau suisse local.

D’abord, quelques excursions d’une journée : grottes, cascades, toboggans d’eau naturelle. La tentation d’explorer par nous-mêmes est forte, mais les prix de l’hébergement dans le parc font vite retomber l’enthousiasme. Changement de cap : trois jours de trek jusqu’à Vale do Capão, guidés par Gustavo. Ce parc, autrefois territoire des chercheurs de diamants, attire désormais les amoureux de nature brute.

Dans nos sacs, deux t-shirts, un maillot, des vivres pour quatre jours. Gustavo, lui, avance avec le triple d’affaires et une machette à la ceinture. Sur les sentiers, il raconte les mésaventures de touristes égarés. On boit l’eau de la rivière, purifiée à grand renfort de pastilles, l’équipement de survie prend tout son sens. Les nuits se succèdent : sur une berge, puis dans une grotte surplombant la deuxième plus haute cascade du Brésil. Je me surprends à me sentir presque comme Indiana Jones, chaque foulée un peu plus loin du confort.

Le dernier jour, Gustavo nous concocte un itinéraire corsé : la fatigue pèse, mais la beauté sauvage du lieu compense largement l’inconfort. Nos chaussures de randonnée étant restées au Pérou, c’est en Vans qu’on franchit les kilomètres. Après le trek, retour vers Lençois, cloques aux pieds, souvenirs plein la tête et t-shirts bons pour la poubelle. On file aussitôt vers Itacaré, impatients de retrouver le rythme des vagues et la douceur du village.

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Le repos ne dure pas : le lendemain, cap sur Prainha, spot de surf à vingt minutes à pied. JP me promet un chemin facile, pieds nus et short de planche suffisent. Mauvaise pioche : il s’égare et nous voilà à traverser la jungle pendant près de deux heures, ampoules fraîches en bonus. Chaque fois que la mer se profile, ce ne sont que falaises et soleil de plomb. Quand enfin la baie apparaît, on s’effondre dans l’eau, soulagés. Les vagues sont là, la plage presque vide, les palmiers veillent. L’instant a la saveur d’un vrai paradis.

Les derniers jours à Itacaré, on surfe surtout à Tiririca. Le nom vient d’une plante coriace, qui s’accroche à la peau pour mieux s’y incruster, j’en ai fait l’expérience après la rando à Prainha. Le spot attire du monde, mais jamais trop : l’ambiance reste détendue. Sur la plage, un vieux bowl pour le skate, des caipirinhas servies dans des fruits de cacao. Un cocktail risqué. Dommage pour Boca de Barra, la vague légendaire, qui n’apparaît que lors des grosses houles. Ce sera pour une autre fois.

Que faites-vous ici ?

Après avoir goûté aux vagues d’Itacaré, nous mettons le cap au sud. Sur la recommandation de Bruno, un ami de Floripa, direction Regençia, promesse d’une gauche mythique. L’odyssée commence : bus pour Linares, puis taxi ou bus rare jusqu’au village balnéaire. Fidèles à nos habitudes, on débarque sans réservation, confiants. Grosse surprise : le village semble figé hors du temps, tout est fermé, à l’exception d’un restaurant de station-service. Les adresses repérées en ligne sont inaccessibles ou barricadées. Les rares hôtes restants annoncent des tarifs dissuasifs. Ambiance étrange, sensation d’arriver nulle part.

Finalement, on déniche une auberge ouverte, avec l’espoir d’une cuisine commune pour tenir le budget. Après un petit moment, la propriétaire, une femme chaleureuse, nous accueille et propose une chambre correcte à prix doux. Elle accepte qu’on utilise la cuisine, mais sa première question fuse : « Que faites-vous ici ? Comment avez-vous entendu parler de Regençia ? »

On comprend vite : la vie ne bat son plein ici qu’en haute saison. L’hôtel héberge un groupe de chercheurs venus observer les tortues géantes. Notre présence intrigue, amuse. La propriétaire aimerait que Regençia attire plus de curieux et nous demande de tourner une vidéo en suisse allemand pour partager notre expérience. Les doutes s’effacent : place au surf. À quelques pas, une gauche rapide déferle, on est seuls à l’eau. Les vagues offrent leur lot de décollages vifs et de sensations. Certaines s’ouvrent, d’autres ferment, mais le plaisir reste intact.

  • JP, sa planche en deux morceaux, souvenir de Regençia.

  • Nos nouveaux compagnons de route, chercheurs et tortues.

Les jours suivants, on surfe sur le même spot, puis on tente notre chance vers le nord, espérant trouver la fameuse gauche devant l’estuaire. Sans succès : le banc de sable n’est apparemment plus ce qu’il était. Les locaux évoquent une époque révolue où la vague fonctionnait à la perfection. Ils nous recommandent un détour par l’observatoire, à quelques minutes en voiture, où des bénévoles protègent les tortues blessées et leurs œufs. Un soir, chance inouïe : on assiste à la ponte d’une tortue, spectacle rare et fascinant.

Pour le surf, les bancs de sable de Regençia valent le détour. La houle tombe pile le week-end, l’eau se peuple, mais ici, l’accueil prime : on se retrouve vite invités à partager un barbecue. Regençia laisse une empreinte tenace : la gentillesse de ses habitants, la majesté des tortues, la planche brisée de JP, victime d’une lourde vague à l’observatoire. La vague était trop près du bord, mais la solitude sur l’eau n’a pas de prix. On quitte le village sur une dernière jam session, la vidéo promise en poche, direction Rio de Janeiro, la ville de toutes les villes.

La suite ? Florence continue ses aventures brésiliennes, entre passion du surf et rencontres inattendues. Qui sait où la prochaine vague la mènera ?

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