Le Rhin longe l’Alsace sur environ 180 km entre Bâle et Lauterbourg, formant la frontière naturelle entre la France et l’Allemagne. Ce tronçon, appelé Rhin supérieur, n’est pas qu’une ligne sur une carte : c’est un corridor où se succèdent écluses, réserves naturelles, villages fortifiés et zones portuaires, le tout relié par un réseau de canaux et de pistes cyclables.
Le Grand Canal d’Alsace : colonne vertébrale du Rhin français
Avant de lister des sites à visiter, il faut comprendre la géographie du fleuve côté français. Le Rhin naturel coule rarement au pied des villes alsaciennes. Entre Bâle et Strasbourg, une grande partie du débit est dérivée dans le Grand Canal d’Alsace, un ouvrage rectiligne bordé de centrales hydroélectriques et d’écluses.
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Ce canal, creusé au XXe siècle pour la navigation et la production d’énergie, a profondément modifié le paysage. Le lit originel du Rhin, moins profond, serpente en parallèle avec des bras morts et des forêts alluviales. Comprendre cette dualité (canal aménagé d’un côté, ancien lit sauvage de l’autre) change la manière de planifier une visite : les sites naturels se trouvent souvent le long de l’ancien cours, pas du canal.

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Bâle comme point de départ fluvial : les bacs Fähri et la rive française
Bâle marque l’entrée du Rhin supérieur. Côté suisse, la ville offre un accès direct au fleuve qui mérite un arrêt avant de remonter vers le nord. Quatre petits bacs appelés Fähri, hérités du XIXe siècle, traversent le Rhin sans moteur, portés uniquement par le courant. C’est une manière concrète de toucher le fleuve avant même d’entrer en Alsace.
Côté français, la commune de Huningue fait face à Bâle. Sa proximité avec le point des trois frontières (France, Allemagne, Suisse) en fait un point de repère géographique net. De là, la rive gauche du Rhin remonte plein nord vers Lauterbourg, et le voyage commence vraiment.
Étapes sur la rive française entre Haut-Rhin et Bas-Rhin
Le tronçon se divise naturellement en deux départements. Le Haut-Rhin, au sud, concentre les paysages les plus marqués par l’aménagement du canal. Le Bas-Rhin, au nord, offre davantage de zones humides et de forêts rhénanes préservées.
Secteur sud : de Huningue à Marckolsheim
La petite Camargue alsacienne, au sud de Saint-Louis, est la première réserve naturelle sur l’itinéraire. Elle occupe d’anciens bras du Rhin et abrite une biodiversité liée aux zones humides. Plus au nord, Breisach (côté allemand) fait face à Neuf-Brisach, ville fortifiée par Vauban, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO. Neuf-Brisach se visite en moins d’une heure et donne un aperçu net de l’histoire militaire du Rhin-frontière.
Entre les deux, les berges du vieux Rhin autour de l’île du Rhin offrent des sentiers pédestres peu fréquentés. C’est ici que le fleuve retrouve un caractère plus sauvage, loin des écluses.
Secteur nord : de Strasbourg à Lauterbourg
Strasbourg est le point central du Rhin français, mais la ville tourne paradoxalement le dos au fleuve. Le port autonome de Strasbourg, deuxième port fluvial de France, occupe une large zone au sud-est de la ville. Pour voir le Rhin depuis Strasbourg, il faut se rendre au quartier du Wacken ou traverser vers Kehl, en Allemagne, par la passerelle des Deux Rives.
Au nord de Strasbourg, le paysage change. La forêt de la Wantzenau puis le delta de la Sauer, vaste zone humide protégée, composent un corridor écologique jusqu’à Lauterbourg. Le delta de la Sauer est l’une des dernières forêts alluviales rhénanes en France, avec des bras d’eau, des prairies inondables et une avifaune riche.

Longer le Rhin à vélo ou à pied : le réseau VNF et les itinéraires de berge
Voies navigables de France (VNF) gère environ 480 km de réseau fluvial dans le bassin du Rhin en Grand Est et Bourgogne-Franche-Comté. Cette infrastructure ne sert pas qu’à la navigation : les chemins de halage et les pistes aménagées le long du canal et de l’ancien lit du fleuve forment un corridor d’itinérance douce quasi continu entre Bâle et Lauterbourg.
L’EuroVelo 15 (Véloroute Rhin) emprunte en grande partie ces berges. Le parcours est plat, ce qui le rend accessible à tous les niveaux. Quelques tronçons traversent des zones portuaires ou industrielles, mais la majorité longe des portions forestières ou agricoles.
- Au sud, entre Huningue et Fessenheim, la piste suit le Grand Canal d’Alsace avec des vues dégagées sur les écluses et la Forêt-Noire en arrière-plan.
- Au centre, autour de Rhinau et Marckolsheim, des bacs saisonniers permettent de passer sur la rive allemande pour varier l’itinéraire.
- Au nord, entre Gambsheim et Lauterbourg, la piste s’enfonce dans les forêts rhénanes et longe des plans d’eau d’anciens bras morts.
Croisière fluviale sur le Rhin alsacien : ce que couvre le tronçon français
Le Rhin est la première destination de croisière fluviale en Europe, et le tronçon français fait partie de nombreux itinéraires. Les bateaux de croisière partent souvent de Strasbourg vers Bâle ou remontent vers les Pays-Bas. Le port de Strasbourg sert de point d’embarquement principal côté français.
La dynamique de la croisière fluviale reste forte, mais le tronçon entre Bâle et Strasbourg est rarement un objectif en soi pour les croisiéristes. Les navires le parcourent de nuit ou en transit vers les escales plus connues du Rhin romantique allemand. Pour découvrir les paysages rhénans alsaciens, le vélo ou la voiture restent plus adaptés qu’une croisière classique.
Lauterbourg, à l’extrême nord de l’Alsace, clôt ce parcours de 180 km sans fanfare. C’est une petite ville frontalière tranquille, avec un passage vers Wissembourg à quelques kilomètres. Le Rhin continue sa route vers Karlsruhe, Mannheim, puis la mer du Nord, mais côté français, c’est ici que s’arrête la rive gauche.

